III . Barbie© , les Parents & la Société.

Article de ; Anne - Cédrique Philippe .

 

Si un jour , vous interrogez votre maman ( née dans les années 60 ) sur ses premiers loisirs de petite fille , elle vous répondra très certainement que « Barbie » était déjà un des jeux les plus en vogue à son époque . « Je me souviens très bien que je jouais beaucoup avec son cheval » vient de me déclarer ma mère . On pourrait croire que Barbie , avec tout ce temps écoulé , est devenue une vieillerie , prenant la poussière dans le vieux grenier de ses grands parents ; Que nenni ! Encore aujourd'hui , ne serait ce que dans la rue , s'y trouvent une farandole de petites filles en tout genre , poupée blonde à la main , créant milles & une aventures pour leur Barbie , devenue leur jouet fétiche .
La question que l'on peut se poser est ; Mais pourquoi donc Barbie est toujours autant apprécié aujourd'hui que dans les années 70 ?
Nous analyserons dans un premier temps , la partie « sociale » de Barbie , celle ci est mis en relation avec l'Axe II « La poupée Barbie© & le monde de l'enfance. » mais analysé d'un point de vue parentale. Dans un deuxième temps , nous vous présenterons l'avis d'un psychologue ainsi qu'un extrait du livre de Marie-Françoise Hanquez-Maincent «  Barbie , poupée totem , Entre mère et filles, lien ou rupture ? »

 

 

 

 

I . Situations familiales de la société actuelle.

 

Dans la société actuelle ; les enfants occupent beaucoup de place . Ils sont devenus le centre du monde dans tous les secteurs : loisirs , musique , cinéma . La société ne doit pas jouer sur des facteurs particuliers pour que l'enfant soit au centre de toutes préoccupations ; C'est simplement une réaction naturelle des parents . Les entreprises s'intéressent énormément aux juniors depuis l'effet du baby-boom. Effectivement , en 1946 , plus de 840 000 bébés sont nés en France soit plus du double par rapport à 1945 (phénomène d'après guerre) C'est pendant la période des trente glorieuse qu'est née la société de consommation .


Depuis le baby boom, il y a eu une baisse de la fécondité qui a frappé tous les pays dit économiquement développés . Les couples hésitent à faire engendrer des enfants & de ce fait, rien n'est plus beau pour l'enfant que d'être le seul et donc tout sera pour lui , il deviendra « pourri-gâté » dès son enfance par ses parents qui auront programmé depuis longtemps son arrivée , lui accorderont une importance primordiale & satisferont tout ses caprices .

 

Les jeunes couples préfèrent avoir un certain confort et niveau de vie avant de faire des enfants ( travail stable , propriétaire de leur logement ... ) par conséquent l'enfant arrive tout de suite dans un meilleur niveau de vie & pourra bénéficier d'une bonne situation & à son adolescence il pourra accéder plus rapidement à ses aspirations futures .

Les familles deviennent monoparentales . Le taux de séparation des couples non mariés augmente  très fortement partout & beaucoup de mères se retrouvent seules à élever leurs enfants. En France , plus de 2 millions de femmes élèvent leurs enfants seules . De ce fait, les enfants construisent leur autonomie beaucoup plus vite et assument plus de responsabilités à la maison qui était préalablement assuré par un de leur parent .

 

Des familles avec deux parents au travail disposent de revenus plus confortables mais ils manquent  de temps à consacrer à leurs enfants ( familles ayant plus de 2 enfants ) . Les crèches ou la « nounou » prennent le rôle de « famille bis » pendant la semaine . Les parents culpabilisent souvent du fait de leur absence & essayent de compenser leur absence par des cadeaux lorsqu'ils sont encore enfants puis lorsqu'ils deviennent plus âgé, leurs laissent une grande autonomie pour rentrer à la maison et se débrouiller tout seul . C'est ce qui va amener à transférer sur l'enfant une partie des responsabilités & achats qui normalement devraient être fait par les parents au foyer.

L'enfant gère trop tôt de l'argent . L'enfant est par conséquent devenu ce que l'on peut qualifier « d'agent économique » . Les principales décisions d'achat familial sont conditionnées par celles de l'enfant . Les enfants poussent leurs parents a acheter un produit qui les attires . Ils peuvent devenir de véritables références pour des achats familiaux . Ce phénomène peut se produire pour un achat banal mais aussi pour un achat important tel que l'acquisition d'une voiture , d'un voyage ou encore d'une maison !

Les entreprises utilisent dons ces « agents économiques » pour communiquer ; donc par l'intermédiaire des enfants des produits destinés aux parents . Les enfants constituent une cible importante pour les spécialistes du marketing puisqu'ils possèdent leur propre pouvoir d'achat & qu'ils influencent les décisions d'achat plus ou moins importants de leurs parents

 

Voici quelques stratégies auxquelles recourent les spécialistes pour cibler les enfants & les adolescents :

 

  • Le « pouvoir d'embêter » ; Les jeunes d'aujourd'hui profitent d'une plus grande autonomie au sein de la famille et disposent d'un pouvoir de décision plus important que ceux qu'on connu leurs parents . Par conséquent , ils « disent » de plus en plus ce qu'ils souhaitent avoir. Le « pouvoir d'embêter » réfère à la capacité d'un enfant de harceler ses parents jusqu'à ce que ces derniers achètent un produit qu'ils n'auraient pas acheté autrement

 

  • La fidélisation à une marque ; Les spécialistes du marketing tentent de développer chez les jeunes enfants une reconnaissance de la marque. Ils espèrent ainsi établir avec eux une longue relation.

 

De 4 à 11 ans , on a la phase « Barbie & Nintendo » Quand les parents n'ont pas assez de temps à consacrer à leur enfant celui ci réalise le pouvoir d'influence qu'il peut exercer sur ses parents . Il met se pouvoir en action chaque fois qu'il désir obtenir quelque chose. L'enfant est donc ce que l'on peut qualifier de manipulateur . A cet âge les enfants sont capables d'identifier les marques pour demander un produit, on demande donc plus de « Nutella » que de « pâte à tartiner » , plus de « Barbie » que de « poupée ». Du coté de la petite fille, il y a un comportement maternel qui se crée qui s'effectue par les poupées et aussi des produits cosmétiques qui se créent pour les petites fille .

 

 

 

 

 

II . Entre mères & filles .

 

"C’est la responsabilité des parents que de jouer leur rôle d’éducateur en offrant des jouets qui les sortent du carcan de cette vision sociétale du genre féminin."

 

         Catherine Monnot , Auteur de « Petites filles d'aujourd'hui, l'apprentissage de la féminité » .

 

Après plus de 50 ans d’existence, Barbie fait-elle toujours rêver les petites filles ?

 

Barbie est toujours vendeuse mais dans des tranches d’âge plus jeunes que par le passé ( à savoir qu'auparavant les jeunes filles jouaient jusqu'à leur 12 ans aux Barbie), aujourd’hui, c’est plutôt le créneau 4-8ans.

Au-delà, avec la préadolescence, les petites filles qui jouent encore avec des poupées ont des modèles plus liés à la mode moderne avec des formes encore plus pulpeuses.

La Barbie s’est adaptée à l’évolution de la société ; aujourd’hui, les formes et la féminité sont beaucoup plus affichées que par le passé. Elles sont dévoilées et exploitées à des fins économiques. Barbie n’a fait que suivre le mouvement et propose aux enfants des supports ludiques qui respectent ces critères de beauté.

Barbie existe avant tout par son esthétique puis dans un second temps, elle a un métier. Là encore, elle est plus institutrice ou vétérinaire qu’astronaute ou pompier comme on a pu le voir dans les années 1980 avec des essais peu concluants du fabrication . Barbie semble condamnée à évoluer comme une jolie jeune fille qui évolue professionnellement dans des secteurs que la société relie traditionnellement à la femme.

La sortie, d'ailleurs, d'une Barbie Angela Merkel n'a aucun intérêt pour les enfants : aucune petite fille ne sait qui est la chancelière allemande & même qu'est ce qu'une « chancelière » . C'est pour faire plaisir aux parents. Introduire une image de femme politique dans le monde la poupée n'est pas une mauvaise idée, mais il aurait fallu rendre la notion accessible pour une fillette : une Barbie président par exemple.

Hervé Parizot, alors PDG de Mattel, disait il y a quelques années : « Nous rêvons depuis vingt ans de sortir une Barbie qui ne serait pas rose. C’est impossible ! Les Barbies pilotes ou médecins se vendent moins que la nouveauté de cette année : une Barbie avec une machine à laver … »

Cela pose surtout la question du rôle des parents. Bien sûr les enfants sont demandeurs de certains jouets. Mais ce sont les adultes, en particulier pour ces catégories d’âge, qui proposent l’objet. La première Barbie, c’est le parent qui la propose. Et il reste libre de choisir un modèle plutôt qu’un autre. C’est la responsabilité des parents que de jouer leur rôle d’éducateur en offrant des jouets qui les sortent du carcan de cette vision sociétale du genre féminin.

Barbie avec une machine à laver ou avec un cabriolet rose se vend mieux parce que ce sont les parents qui font ce choix de proposer aux enfants ce modèle identitaire. C’est le message qu’on envoie aux petites filles : elles devront s’épanouir en ménagères ( & c'est tout ! ).

Entre 3 et 5 ans , l’enfant n’est pas décideur (Voir "Situations familliales dans la société actuelle"), ce n’est pas lui qui effectue le choix. En général, c’est la maman qui achète la Barbie à sa petite fille. Les mères relaient cette hiérarchie entre les sexes en initiant les petites filles et les petits garçons dans des tâches très spécifiques. Cette orientation vers une profession ou une autre se répercuté ensuite sur le reste de la société. Les femmes se contentent par habitude à des postes et des conditions de travail dévalorisées. Tant que les mères et les pères ne prendront pas conscience des inégalités sociales qui se jouent au travers des jouets, qui paraissent anodins, il sera difficile pour les enfants de se construire autrement. C’est aux adultes, aux parents, de modifier ce stéréotype enfantin.


Est ce un paradoxe ; le fait qu'une mère ai , à priori , envie de voir sa fille réussir et s'épanouir dans un corps de métier prestigieux & finalement lui offrir un modèle de poupée , attachée à des tâches qu'elle même ne considère pas comme valorisantes ?

 

Une maman ne rêve pas que sa fille soit affublé de tâches en tout genre à la maison, c’est certain. Une maman veut avant tout que sa fille soit heureuse. Et si vous demandez à des parents ce qui compte pour que leur enfant soit heureux, ils évoqueront la sphère professionnelle pour un petit garçon et la sphère familiale voire domestique pour une petite fille.

Inconsciemment, on attend de nos petites filles de pouvoir, plus tard, concilier leur vie familiale avec leur vie professionnelle. Mais cette vie professionnelle apparaît comme secondaire, comme pour la Barbie. Elle ne peut pas s’épanouir dans son travail comme un garçon. L’enjeu n’est pas le même. C’est donc moins choquant pour une maman d’éduquer une petite fille qui joue à faire à manger et à élever des poupons en plastique.

Ces valeurs sont importantes. Mais elles devraient s’appliquer à la fois aux petits garçons et aux petites filles.

Comment protéger ces petites filles du conformisme lié à la Barbie ? Doit-on seulement les protéger de la célèbre poupée plastique blonde ?

Il faut trouver un équilibre en tout. Élever un enfant à l’empathie et à la vie domestique, c’est bien. Il faut le faire pour les deux sexes. Les parents doivent se poser la question de cet équilibre lorsqu’ils achètent des jouets à leurs enfants : des jouets féminins et des jouets masculins pour les deux sexes. Il est évident qu’un petit garçon de huit ans ne demandera pas une Barbie, c’est quelque chose qu’il faut mettre en place avant pour qu’il s’y habitue.

On voit d’ailleurs dans les familles où il y a des filles que les petits frères jouent facilement avec les jouets de leurs sœurs. Les petits garçons jouent sans problème avec un poupon, une poussette et changent les couches des poupées sans aucun problème. De la même manière, il faut familiariser les filles aux jeux des garçons.  

( Voir cours de Sociologie -> 1ère ES -> Socialisation Primaire -> Socialisation de genre )

 

 

 


Un grand nombre de féministes se sont battues contre cette icône de la femme physiquement parfaite et à l'attitude psychologique soumise. Depuis toujours Barbie porte le poids d'une image néfaste. En effet, au départ de sa création, les enfants et particulièrement les petites filles jouaient et se développaient sur le plan psychologique, avec des poupons, à être de bonnes mamans pour enfants. Ruth Handler a voulu ouvrir le champ de leur possible en proposant aux fillettes la première poupée non plus au corps de jeune enfant mais au corps d'adulte. Cette poupée n'a pas été créée pour asservir la femme et lui poser problème. Mais l'impact apporté par cette poupée de 28 cm est impressionnant de nos jours. Malgré l'image psychologique qui est véhiculée, Barbie est finalement plutôt indépendante, aucun problème, elle suit l'air du temps. Finalement elle a presque toujours été célibataire et indépendante (bien sûr il y a eu Ken mais il n'est pas resté longtemps), elle a sa propre voiture, sa maison avec piscine, plein d'amis pour aller à la plage ou en vacances, elle a fait a peu près tous les métiers et ne compte psychologiquement sur personne pour son bonheur. Résultat, au regard de l'analyse psychologique, elle n'est pas très soumise la Barbie.


Là où quelque chose coince trouve dans son apparence physique. D'après certaines études, elle serait responsable, sur le plan de la psychologique de l'enfant, d'un bon nombres de cas d'anorexie. Certes l'image du corps de Barbie envahi l'imaginaire psychologique d'un bon nombre d'enfants et particulièrement de petites filles à laquelle elles veulent ressembler, mais, l'anorexie dans le champ de la psychologie de l'enfant ne trouve pas son origine dans les jeux de Barbie. Si un enfant fait un problème de fixation sur son apparence physique ce n'est pas une thérapie efficace que de lui interdire les « Barbies », ce n'est pas pour autant que ses comportements alimentaires, ou que, sur le plan psychologique, son estime de soi s'amélioreront. Les médias ont un impact beaucoup plus important. De plus, si nous avions les mensurations de Barbie, à priori, nous aurions de sérieux problèmes pour nous mettre debout et de marcher.

Bien sûr Barbie n'est pas non plus une sainte dans son impact psychologique. Selon une sociologue Eliane Perrin (enseignante à l'université de Lausanne) « La Barbie a bouleversé le rapport à la séduction » :
« Auparavant, les femmes recevaient de vrais poupons en guise de poupées. Elles apprenaient ainsi à devenir de bonnes mères. L'avènement de la Barbie a modifié en profondeur ce comportement. Les fillettes ont eu entre les mains une pin-up sexuée à habiller et déshabiller. La Barbie engendre une addiction au commerce « des fringues ». Elle a aussi favorisé une projection vers l'avenir qui n'a plus rien à voir avec le geste maternant. Le jeu est depuis lors orienté vers la capacité de séduire, de se relooker.».

Barbie n'est peut-être pas si mauvaise et ne pose pas autant de problèmes que ce que nous avons bien voulu nous dire. Depuis les années 1960, trois générations ont grandi et se sont développées, sur le plan psychologique, avec elle. Quelle que soit l'image psychologique consciente et inconsciente qu'elle véhicule Barbie est intemporelle et qui sait ? Peut être qu'un jour mes propres enfants joueront aussi avec .

 


Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site